Alimentation de la poulinière et développement fœtal
25.03.2026 -
Surveiller les apports nutritionnels au cours de la gestation est essentiel pour accompagner au mieux la jument gestante et assurer le bon développement fœtal du poulain.
Les besoins de la poulinière varient énormément entre la préparation à la saillie et la lactation, mais aussi au cours des 11 mois de gestation pour subvenir au développement du futur poulain. Il est important de bien couvrir les besoins par l’alimentation, notamment pendant les périodes clés.
GIBSON RIVERS vous propose, de faire le point sur ces différentes phases et leurs caractéristiques.
Sommaire
- LE DEVELOPPEMENT FOETAL DU POULAIN
- LES BESOINS DE LA JUMENT GESTANTE
- ALIMENTATION DE LA POULINIERE ET IMPACT SUR LE DEVELOPPEMENT IN-UTERO DU POULAIN
I. Le développement fœtal du poulain
Chez la jument, la gestation varie entre 320 et 365 jours, pour une moyenne de 11 mois.
Quelques chiffres clés des principales étapes du développement fœtal selon le trimestre de gestation (tailles et poids indicatifs pour un cheval de 500 kg de poids vif au stade adulte) :
De 0 à 3 mois : Le premier trimestre de gestation
Lors du premier mois, on passe du stade embryonnaire au stade fœtal, phase durant laquelle les organes entament leur formation. Lors de cette période, le poulain pèse quelques grammes et mesure environ 1 cm.
Le 2ème mois est une étape cruciale du développement du fœtus. Le placenta se forme pour s’attacher à la paroi utérine, les cellules des yeux et des onglons se développent.
À 45 jours, la différenciation sexuelle du poulain est atteinte et à la fin du 2ème mois, il pèse 15-20 grammes et mesure 5 à 7 cm.
Au cours du 3ème mois, le poulain multiplie son poids par 10 (environ 150 g) et double sa taille (environ 14 cm).
De 4 à 6 mois : Le deuxième trimestre de gestation
Au 4ème mois, les organes internes, les tissus oculaires et les ébauches de cornées se développent. Le fœtus pèse 700 g et mesure environ 25 cm.
Pendant le 5ème mois, le placenta et le cordon ombilical sont totalement formés : les échanges entre la mère et son poulain sont en place. La formation du squelette débute et les premiers poils se forment. Le poulain pèse 2 kg et mesure 35 cm.
Le 6ème mois, la croissance du poulain entraine l’extension de l’utérus qui bascule dans la cavité abdominale. L’hypophyse (partie du cerveau) apparait, la crinière et la queue commencent à se développer. Le poulain pèse 5 kg et mesure environ 50 cm.
De 7 à 11 mois : Les troisièmes et quatrièmes trimestres de gestation
Pendant cette phase de la gestation, la croissance s’accélère de manière spectaculaire.
Pendant le 7ème mois, le poulain pèse environ 10 kg et mesure quasi 60 cm.
À 8 mois, il pèse 15 kg et atteint 80 cm.
Pendant le 9ème mois, les poils recouvrent le fœtus. Le poulain pèse 30 kg et mesure alors environ 1 m.
Pendant le 11ème mois, les derniers organes finissent leur développement, le corps est entièrement recouvert de poils et le poulain entame sa rotation pour le poulinage. Il pèse alors entre 40 et 50 kg et mesure 1m10 environ.
II. Les besoins de la jument gestante
Pour préparer la saillie
Afin de préparer la gestation et d’assurer une bonne fertilité, il est important que la jument ne soit pas sous-alimentée et/ou carencée. Pour assurer les besoins nutritionnels de la future poulinière, il est conseillé de distribuer un aliment complémentaire de fourrages adapté aux chevaux d’élevage.
Un aliment riche en acides gras essentiels (oméga 3) et adapté sur le plan minéral et vitaminique, participe à la bonne expression des chaleurs, au bon fonctionnement du cycle ovarien et augmente les chances d’obtenir une saillie fécondante et un poulain.
De la saillie et jusqu’au 8ème mois
C’est la phase de la gestation où les besoins alimentaires sont les moins demandant.
Pendant les 7 premiers mois de la gestation, le poulain se développe faiblement en taille et en masse. Il atteindra seulement 17 % de son poids de naissance à la fin de cette période. La poulinière peut être nourrie avec une ration à base de fourrages (foin, herbe) et de concentrés, en cas de fourrages avec des apports déséquilibrés.
Dans la majorité des cas, les périodes de saillie pour les juments de courses s'étendent de janvier à mai et de mars à juillet pour les juments de sport. Ces périodes de saillie visent à garantir un accès à une herbe printanière nutritive pendant les deux premiers tiers de la gestation, ce qui permet de réduire les besoins de concentrés pour les juments non-suitées pendant cette phase de gestation.
Toutefois, pour soutenir la gestation des juments qui ne reçoivent pas de ration alimentaire, il est essentiel de fournir des compléments minéraux et vitaminés (CMV). Le bloc minéral EQUIBLOC ou le bloc minéral EDHYA MIN BLOC sont d'excellentes options dans ces cas. L’administration sous forme de bloc à lécher est facilitée, comparée à l'administration de CMV sous forme de poudre ou de granulés, plus difficile à mettre en œuvre. Il est également nécessaire de fournir une pierre à sel et de l'eau claire en libre-service.
Au cours du dernier trimestre de la gestation
Au cours des 3 derniers mois de la gestation, le poids vif de la jument augmente d’environ 6 à 7 %, soit 45 kg pour une jument de 550 kg. Cette hausse est due à la croissance importante du fœtus au cours de cette période cruciale pour le développement du poulain. Par conséquent, les besoins alimentaires de la poulinière augmentent aussi.
De plus, avec l’augmentation de la taille du fœtus et la place qu’il occupe dans l’abdomen de sa mère, l’absorption de fourrages diminue. Il est alors essentiel de compenser cette perte en apportant à la jument un aliment riche en énergie et en protéines en faisant attention aux excès. Pendant la seconde moitié de la gestation, les besoins augmentent graduellement : de 80 à 85 % pour les besoins en protéines et de 35 % pour l’énergie.
Il est essentiel de ne pas négliger les apports en minéraux et vitamines. Les besoins en calcium et en phosphore doublent pendant la deuxième moitié de la gestation, tandis que les besoins en vitamine A et E augmentent de 60 % et de 80 % pour la vitamine D.
Surveiller les apports en acides aminés, et notamment en lysine, qui apportent le calcium essentiel au développement squelettique du fœtus. Il est conseillé de supplémenter la jument gestante avec un minéral adapté sur le dernier trimestre de gestation.
Alimenter la poulinière en lactation
Au cours des premiers mois de lactation, les besoins en nutriments de la poulinière augmentent très fortement. Les besoins énergétiques peuvent augmenter de 70 % et les besoins protéiques peuvent doubler.
La tendance est similaire pour les besoins en minéraux qui augmentent, notamment pour le phosphore et le calcium. L’augmentation des besoins est liée à la courbe de lactation et à l’augmentation de la production laitière jusqu’à son pic, environ 45 jours après la naissance.
Les besoins de la poulinière diminueront lors de la croissance du poulain. La lactation diminue lorsque le poulain ne dépend plus exclusivement du lait maternel et commence à s’alimenter de nourriture solide.
Pour préparer le sevrage et le tarissement de la jument allaitante, il est conseillé de diminuer progressivement la quantité d’aliments distribués à la jument jusqu’à atteindre sa ration d’entretien.
III. Alimentation de la poulinière et impact sur le développement in-utéro du poulain
Même si le développement du poulain est majoritairement lié à la génétique, il peut aussi être influencé par des facteurs environnementaux : c’est l’épigénétique.
L’alimentation de la jument gestante fait partie des plus importants de ces paramètres. Si elle est mal gérée, elle peut avoir des effets négatifs sur la santé et les performances du futur poulain.
Deux paramètres alimentaires sont clés dans l’alimentation de la jument :
- Contrôler les apports énergétiques pour éviter les excès
Les besoins en énergie augmentent à partir du 6ème mois de gestation. La distribution d’une ration trop riche en énergie n’optimise pas le développement du fœtus mais peut, au contraire, être à l’origine de certaines anomalies métaboliques chez le poulain.
Plusieurs études montrent que la qualité et la nature de l’énergie apportée, surtout par les sucres et l’amidon, impactent le développement in-utéro du poulain. Le placenta des juments qui reçoivent des rations avec une quantité importante d’amidon présente des altérations du système vasculaire, limitant les échanges en nutriments essentiels au développement du poulain.
La prévalence de cas d’ostéochondrose est aussi plus importante chez les poulains issus de juments nourries avec une alimentation riche en amidon pendant la gestation.
Le surpoids de la poulinière a un impact très négatif sur le développement du poulain et sa santé à long terme. Des chercheurs ont montré que les poulains, nés de juments en surpoids, avaient une prévalence accrue aux anomalies métaboliques comme une moindre sensibilité à l’insuline qui pourrait être liée à une intolérance à l’exercice, ainsi qu’une prévalence plus importante aux lésions d’ostéochondrose.
Afin de ne pas dégrader la santé et les futures performances du poulain, il est essentiel de bien contrôler l’alimentation de la poulinière. Il est recommandé de fractionner l’apport de concentré autant que possible pour limiter les apports d’amidon de chaque repas.
Nos aliments sont formulés pour apporter une part importante de l’énergie par les fibres digestibles et les matières grasses, avec pour objectif de limiter les impacts négatifs des pics glycémiques.
Il est aussi conseillé de surveiller régulièrement l’état corporel de la poulinière pour détecter rapidement le surpoids et pouvoir y remédier.
- Couvrir et contrôler les apports en oligo-éléments, minéraux et vitamines
Une carence ou un excès en oligo-éléments, minéraux et vitamines peut être néfaste chez le cheval adulte et pendant la gestation. Actuellement, les besoins de la poulinière et les effets sur le développement fœtal sont peu connus in-utéro mais on observe que :
- Les acides gras oméga 3 jouent un rôle sur le fonctionnement de l’utérus au moment de l’insémination, améliorant l’environnement utérin, la qualité du plasma et du colostrum et le développement de l’embryon.
- Les carences en cuivre impactent l’apparition de pathologies ostéoarticulaires. Il est ainsi important de maitriser l’apport de cuivre dans la ration de la jument gestante.
- Le sélénium joue un rôle dans le bon développement du poulain. La maladie du muscle blanc (ou dystrophie nutritionnelle), souvent fatale, est liée à une carence en sélénium. Le poulain n’a accès au sélénium que par transfert placentaire, le colostrum étant très faible en sélénium. Il est donc impératif de bien supplémenter la jument gestante pour s’assurer d’un bon transfert au poulain. De plus, le sélénium est un puissant oxydant qui protège les biomolécules pendant les périodes d’activités métaboliques intenses comme pendant le dernier trimestre de gestation.
- La vitamine E est un autre antioxydant crucial. Elle joue un rôle indirect dans le développement de l’immunité et permet le bon transfert des immunoglobulines entre la jument et le poulain. Une supplémentation de la jument gestante en vitamine E, surtout pendant le dernier trimestre, est donc conseillée.
Il est important de veiller aux équilibres majeurs en vitamines et minéraux (Ca/P, Zn/Cu, etc.). Nous formulons nos aliments en y apportant une grande attention en ajoutant des matières grasses riches en oméga 3 (graine de lin extrudée, huile de colza, etc.) et du sélénium, sous forme organique biodisponible et non-toxique, pour la jument et son poulain.
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Sources :
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Martin-Rosset, W. et coord. 2012. Alimentation des chevaux. Paris : Editions Quae.
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NRC (Comittee on Nutrient Requirements of Hors), 2007. Nutrient Requirement of Horses : Sixth Revised Edition. 6ème edition. Washington, D.C. : The National Academies Press.
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Equipedia IFCE. 2017. Les besoins de la jument gestante. [en ligne].
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Equipedia IFCE. 2018. Alimentation de la poulinière – effets sur le poulain in utero. [en ligne].
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Peugnet P. et al. 2016. Management of the pregnant mare and long-term consequences on the offspring. Theriogenology 86 (1) : 99-109.
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Peugnet P. and Chavatte-Palmer P. 2015. La santé du poulain se prépare dès la gestation. Équ’idée. Septembre 2015. Article 2.